mardi 19 mai 2015

Le film sur Salvador Allende au Festival de Cannes 2015

« Allende mi abuelo Allende », le seul long métrage chilien sélectionné pour participer au Festival de Cannes, est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, du 13 au 24 mai 2015.

Petite fille de Salvador Allende, Marcia souhaite rompre le silence entretenu autour du passé tragique de sa famille. 35 ans après le coup d'État qui a renversé son grand-père, Salvador Allende, premier président socialiste élu démocratiquement, elle a estimé qu'il était temps de retrouver les souvenirs familiaux, les images de leur vie quotidienne qui leur a été arrachée. Un passé intime qui lui est inconnu, enterré sous la transcendance politique d’Allende, l’exil et la douleur familiale. Après plusieurs décennies de non-dit, Marcia essaie de dresser un portrait honnête, sans grandiloquence, prenant en compte la complexité de pertes irréparables et le rôle de mémoire sur trois générations d'une famille blessée.

Marcia Tambutti Allende est Chilo-Mexicaine, et elle a étudié la biologie à l’Université nationale du Mexique (UNAM). Après un master en science au Collège Imperial du Museum d’histoire naturelle de Londres, elle travaille sur la biodiversité et la communication des questions scientifiques.

Depuis 2007, Marcia vit au Chili où elle collabore avec la Fondation Salvador Allende  —en tant que coproductrice de l'application pour Ipad : Allende, voices 40 yearsafter the coup d’État—, et avec l'Institut de l'écologie et de la biodiversité. Ce film documentaire sur son grand père est son premier film, présent à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes.


jeudi 7 mai 2015

La Haye : Brigade Ramona Parra peint une fresque murale pour l’accès de la Bolivie à la mer


Le Palais de la Paix et la justice, siège de la Cour internationale de justice à La Haye. Un tribunal international de 15 juges élus, assisté de nombreux experts qui statue sur les différends interétatiques. Photo CIJ

Lundi 4 mai dernier ont commencé les débats pour déterminer la compétence de la Cour internationale de justice de La Haye (CIJ) pour traiter la demande d’accès à la mer de la Bolivie. Les audiences qui ont lieu jusqu’au vendredi 8 mai au Palais de la Paix, siège de la Cour à La Haye, portent uniquement sur l’exception préliminaire à la compétence de la Cour, question de procédure soulevée par le Chili.

À l’issue de la Guerre du Pacifique —ou « guerre du nitrate », qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie entre 1879 et 1884—, la Bolivie a perdu aux mains des troupes chiliennes 120.000 kilomètres carrés de territoire et toute sa province littorale, soit 400 kilomètres de côtes. Diverses demandes de négociations entreprises depuis par la Bolivie ont trouvé toujours le refus des gouvernements chiliens. C’est pourquoi le Président Evo Morales avait introduit personnellement une requête auprès de la CIJ en avril 2013 pour contraindre le Chili à négocier. 

En marge de ces négociations, la « Brigade Ramona Parra » (BRP), collectif de plasticiens proches du Parti communiste du Chili, et très célèbre depuis presque un demi siècle par ses peintures urbaines polychromes, a réalisé à La Haye une fresque symbolique en soutien à la demande de la Bolivie.

Fresque murale exécutée par la « Brigade Ramona Parra » sur un espace urbain à La Haye. L’œuvre représente un indien Mapuche qui tend un bateau en papier à un indien Aymara, sur une mer partagée.

L’œuvre peinte aux Pays-Bas fait suite à la création d’une fresque au Chili, face au stade « Víctor Jara », et à l’exécution récente d’une fresque sur le même thème dans un couloir du Ministère des Affaires étrangères à La Paz, la capitale de la Bolivie.

Des responsables de la « Brigade Ramona Parra », qui ont travaillé à La Paz avec des peintres boliviens, ont déclaré à La Haye que leur soutien à la juste demande Bolivienne à la mer représente « l'unité et la solidarité entre les peuples du Chili et Bolivie ».

Ramona Parra, jeune dirigeante communiste
chilienne, tuée par la police avec cinq autres
travailleurs lors d'une manifestation à la Place
Bulnes, à Santiago, le 28 janvier 1946.
La « BRP », brigade muraliste très aimée au Chili pour son engagement dans les combats contre l’injustice et pour les libertés politiques, porte le nom de Ramona Parra, une militante de la jeunesse communiste chilienne assassinée lors d'une manifestation à Santiago le 28 janvier 1946.

Plusieurs pays de l’Amérique latine soutiennent la demande de la Bolivie pour récupérer son accès à la mer, dont l’Uruguay et les 11 pays de l’Alba, l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique.

Des personnalités politiques indépendants et des intellectuels ont aussi manifesté leur appui à la requête de la Bolivie, parmi eux l'écrivain péruvien et prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa, et Mme Rigoberta Menchú, prix Nobel de la Paix et ambassadrice de bonne volonté à l’Unesco, qui a fait le déplacement à La Haye pour témoigner de son soutien. Mme Rigoberta Menchú avait signalé que plusieurs Prix Nobel suivent très attentivement les processus à La Haye, dans l’exercice  de leur responsabilité dans la nécessaire intégration Latino-américaine.

Michelle Bachelet demande la démission de son gouvernement

Affaiblie par la chute de sa popularité, décrédibilisée et acculée à réagir depuis que le scandale a éclaté, la présidente chilienne Michelle Bachelet dissout son gouvernement et essaie de reprendre l’initiative politique par une mesure inattendue.

La présidente du Chili, Michelle Bachelet, a annoncé mercredi 6 mai au soir qu’elle avait demandé à l’ensemble de son gouvernement de démissionner et qu’elle annoncerait prochainement la composition du nouveau gouvernement.
« Je vais prendre soixante-douze heures pour savoir qui reste et qui part », a déclaré Mme Bachelet lors d’une interview accordée au journal d’informations de la chaîne de télévision Canal 13.

Michelle Bachelet danse la « cueca », la danse traditionnelle
chilienne, avec son fils aîné Sebastián Dávalos lors de la fête
nationale du Chili au parc O’higgins, le 18 septembre 2014.
Photo Agence Uno.

La cote de popularité de Mme Bachelet est au plus bas, avec 31 % d’opinions favorables, en partie en raison de scandales de corruption sans précédent.

Le fils aîné de Mme Bachelet, Sebastián Dávalos, 36 ans, est accusé de trafic d’influence. Il avait participé en 2013 à une réunion de son épouse, Natalia Compagnon, avec un haut fonctionnaire de la Banque du Chili, afin de solliciter, en pleine campagne électorale, un prêt de 10 millions de dollars (9 millions d’euros) pour des investissements immobiliers qui auraient rapporté au couple 4 millions de dollars de bénéfice.
Le crédit a été accordé à Natalia Compagnon au lendemain de l’élection de sa belle-mère à la présidence de la République.

À cela s’ajoutent d’autres scandales de fraude fiscale et de financement illicite de campagnes électorales. De puissants entrepreneurs sont impliqués dans ces affaires, qui éclaboussent surtout l’Union démocrate indépendante (UDI, droite). Son président, Ernesto Silva, a démissionné le 12 mars dernier.

jeudi 16 avril 2015

L’assassin de Víctor Jara sera jugé aux USA pour tortures et exécution sommaire

Víctor Jara en 1968 à Stratford-upon-Avon, Angleterre, pour la célébration de
l’anniversaire de Shakespeare. Photo : « An unfinished song », Joan Turner,
Ticknor & Fields, New York, April 1984.
L’ancien officier Pedro Barrientos Núñez sera jugé aux États-Unis pour « tortures et l'exécution sommaire » du célèbre chanteur chilien Víctor Jara, en 1973. Une cour du district d'Orlando, en Floride, a accueilli la plainte déposée par Joan Jara et Amanda Jara —la veuve et la fille du chanteur assassiné—, et a décidé le 14 avril dernier de juger l'ex lieutenant de l’armée chilienne, qui réside aux États-Unis depuis 1989.

« La famille Jara est un pas plus près d'avoir justice », a signalé le CJA, l’ONG qui avait déposé la plainte en 2013 aux cotés de la famille de l’artiste assassiné.
Le Center for Justice and Accountability (CJA), l'une des parties civiles du dossier, a applaudi la décision du tribunal, mais elle regrette aussi qu’il n’ait pas retenu les charges pour « crimes contre l'humanité ». Le tribunal a exclu, en effet, des poursuites pour « crimes contre l'humanité » contre Pedro Barrientos.

Pour Me Almudena Bernabeu, avocate plaignante du CJA, « le meurtre de Víctor Jara et les milliers de crimes commis sous le régime de Pinochet devraient être appelés par leur nom : crimes contre l'humanité ».

Barrientos, officier de l'armée chilienne à la retraite et citoyen américain, avait demandé en mars dernier le rejet de la plainte car elle était pour lui « hors juridiction » : 
Pedro Barrientos Núñez, ancien lieutenant
de l’armée chilienne, un des assassins de
Víctor Jara le 16 septembre 1973.
« Elle est arrivé 40 ans après les faits, 24 ans après qu'il s'installe aux États-Unis et 23 ans après qu'Augusto Pinochet ait quitté son poste », avait indiqué Barrientos dans sa demande à la cour.

Établi à Deltona, résidant légalement au nord de Floride depuis 1989, l’ex militaire est accusé aux États-Unis de « tortures et meurtre » de Víctor Jara durant l’« arrestation massive de milliers d'intellectuels et de leaders politiques ». En 2012, le gouvernement chilien avait sollicité l'extradition de Pedro Barrientos aux États-Unis, et le Programme des Droits de l'homme du ministère de l'Intérieur s'était constitué partie civile du dossier. 

Víctor Jara a été assassiné cinq jours après le coup militaire du 11 septembre 1973, après plusieurs jours de tortures au stade « Chili », à Santiago, site où il était détenu avec des centaines de partisans du gouvernement déchu de Salvador Allende (1970-1973).


lundi 13 avril 2015

Eduardo Galeano, célèbre écrivain uruguayen est parti

Imprégnés d’une profonde sagesse, nourris à la fois des traditions millénaires de l’Amérique indigène et du riche métissage culturel du continent, les textes d’Eduardo Galeano entremêlent l’exactitude historique et l’exigence éthique à une beauté poétique simple et accessible.

Le célèbre écrivain uruguayen Eduardo Galeano est décédé ce lundi 13 avril à 74 ans, à Montevideo. Très aimé d’un vaste public en Amérique latine mais aussi ailleurs dans le monde, Galeano avait été admis à l'hôpital vendredi dernier à cause d'un cancer au poumon.

Avant de devenir un remarquable intellectuel de la gauche latino-américaine au début des années 70, Eduardo Galeano a été ouvrier à l’usine, dessinateur, peintre, messager, dactylographe et employé de banque, entre autres métiers. Il a été journaliste à l’hebdomadaire uruguayen « Marcha », jusqu’à sa fermeture en 1974 par la dictature de Bordaberry, puis est parti en exil à Buenos Aires, où il a été parmi les fondateurs de la revue politique « Crisis ».


Paru en 1971, « Les veines ouvertes de l'Amérique Latine »
a été souvent interdit par les dictatures de l’Amérique du sud.
Texte fondamental pour la science politique contemporaine, il
a été un outil indispensable à l’éveil de la conscience critique
pour des générations de latino-américains. 

La publication en 1971 de « Les veines ouvertes de l'Amérique Latine », un de ses livres les plus connus, l’avait érigé au rang d'auteur classique de la littérature politique latino-américaine.

Traduit très vite dans une vingtaine de langues, cet ouvrage est considérée une pièce fondatrice de la science politique contemporaine, qui décrit par des chroniques inspirées l’inégalité des rapports nord-sud, et la géopolitique de la domination héritée aux Amériques des colonies.

Plus récemment, sa trilogie « Mémoire du Feu » (1982-1986), dense recueil d’articles qui dépassent les genres courants et combinent le journalisme, l'analyse politique et l'histoire, ont été aussi traduites dans plusieurs langues. Au total, son œuvre réunit plus d’une quarantaine de livres.

L'auteur lui-même avait proclamé sa permanente obsession d’écrivain : « Je suis un auteur hanté par la mémoire, le souvenir du passé de l'Amérique et surtout celui d'Amérique Latine, terre intime condamnée à l'amnésie. »

Le président de la Bolivie, M. Evo Morales et l’écrivain
uruguayen Eduardo Galeano, récemment disparu.
Promoteur du regard critique sur l’Histoire et d'un développement autonome du continent latino-américain, l'intellectuel avait toujours été aux côtés des minorités persécutées et proche des dirigeants qui résistent aux injonctions du néolibéralisme économique, qui impose au sud du monde un pragmatisme politique qui dévaste le continent et accentue les inégalités.

Eduardo Galeano avait été un proche du leader socialiste chilien Salvador Allende, élu Président du Chili en 1970 et déposé en 1973 par le sanglant putsch militaire de Pinochet. Il était aussi l’ami personnel d’Hugo Chávez, le leader vénézuélien mort en 2013, d’Evo Morales, Président de la Bolivie, et de Rafael Correa, Président de l’Equateur. 


vendredi 10 avril 2015

Chili : visée par des scandales de corruption, Bachelet défend sa présidence

Michelle Bachelet, la présidente du Chili dans l'embarras face
aux accusations de trafic d’influence et prise illégale d’intérêt
contre son fils Sebastian et son épouse. En contradiction avec
son engagement électoral de combattre l’inégalité, l’avidité et
l’usage de privilèges à des fins personnelles, Mme Bachelet
affirme avoir tout ignoré du prêt fautif. Photo Johan Ordóñez,
Guatemala City, 30 janvier 2015
La présidente du Chili, Michelle Bachelet, est montée au créneau mercredi 8 avril pour défendre sa présidence après un scandale financier visant son fils, une affaire qui a affecté sa crédibilité et suscité des rumeurs de démission.

« Au cas où quelqu'un aurait des doutes, je n'ai pas démissionné, et je ne le ferai pas, je ne sais même pas comment ce serait possible constitutionnellement », a affirmé la présidente lors d'une rare rencontre avec la presse étrangère. 

Sortant d'un long silence depuis le début de l'affaire il y a deux mois, elle a démenti les rumeurs qui se sont propagées ces derniers jours sur les réseaux sociaux après la crise politique provoquée par le scandale immobilier impliquant son fils aîné, Sebastián Davalos, 36 ans. 
« Peut-être ai-je commis l'erreur de garder le silence, parce que cela a pu donner une mauvaise impression », a reconnu la présidente socialiste dans une première explication sur l'affaire impliquant son fils et sa belle-fille.

M. Davalos fait actuellement l'objet d'une enquête pour « utilisation d'information privilégiée » et « trafic d'influence », après l'obtention d'un prêt immobilier de 10 millions de dollars auprès de la Banque du Chili en 2013, pendant la campagne électorale. Son épouse, Natalia Compagnon, a été précisément entendue sur cette affaire mercredi 8 avril par un juge de Rancagua, ville du sud où se trouvent les terrains au centre de la polémique.

« La vérité c'est que je n'ai aucun lien avec tout cela », a poursuivi la présidente socialiste, évoquant notamment l'entretien de son fils avec l'un des directeurs de la Banque du Chili, le magnat Andrónico Luksic, une des plus grosses fortunes du pays. « Je n'ai rien su de cette réunion, je ne l'ai pas demandée, je n'ai pas parlé avec Luksic », a insisté Mme Bachelet
La crise politique suscitée par cette affaire a freiné abruptement le rythme de l'ambitieux programme de réformes auquel elle s'est attelée depuis son investiture en mars 2014. 

Dans un pays encore marqué par l'héritage de la dictature d'Augusto Pinochet, Mme Bachelet s'est notamment engagée dans les domaines de l'éducation, de la législation du travail, du système électoral, de la réforme de la Constitution, et de la fiscalité. 
Elle a également dû récemment affronter des catastrophes naturelles comme l'éruption du volcan Villarrica, des incendies de forêt dans le sud du pays ainsi que des inondations dévastatrices dans l'aride région d'Atacama, au nord. « Nous ne sommes paralysés par rien », a néanmoins assuré la présidente.

Natalia Compagnon et Sebastián Dávalos, la bru et le fils aîné de Michelle Bachelet. Des soupçons de prise illégale d’intérêt lors d’opérations immobilières qui ont rapporté au couple des énormes bénéfices, ont forcé le fils de la présidente a quitter en février dernier son poste officiel au palais du gouvernement.

À la crise ouverte par le scandale immobilier, s'ajoutent deux affaires de corruption sur plusieurs années avec fraude fiscale et possible financement illégal de campagne électorale de la droite affectant le groupe Penta, un des plus grands groupes financiers du Chili, et la compagnie chimique et minière chilienne Soquimich, dirigée par un ex-gendre de l'ancien dictateur Augusto Pinochet.

« Nous ne pouvons pas fermer les yeux, la corruption est parmi nous », a commenté sobrement mardi le Contrôleur général de la République, Ramiro Mendoza, alors que le Chili se targue d'être un des pays les plus transparents d'Amérique latine. « Il peut y avoir de la corruption au Chili, mais elle n'est pas généralisée. Tout le monde n'est pas corrompu dans notre pays », a affirmé pour sa part Mme Bachelet.

La crise a eu des répercussions directes sur sa popularité, qui a chuté à 30% d'opinions favorables, loin des 84% d'approbation à la fin de son premier mandat et des 54% au début du second.
« Les gens avaient déposé en Bachelet une confiance importante, à la différence de la classe politique traditionnelle. L'affaire du fils la place au milieu de ce que la plupart des gens critiquent le plus dans la classe politique : l'abus de pouvoir et le trafic d'influence », indique à l'AFP l'analyste politique, Max Colodro.
« Je ne me soucie pas de mon niveau de popularitéce n'est pas ma priorité dans la vieCe qui me préoccupe c'est l'avenir du Chili »a réfuté la présidente.
Afp.


lundi 16 mars 2015

Meurtre du chanteur chilien Víctor Jara : le juge clôt l’enquête avec 12 inculpés

Víctor Jara, chanteur et dramaturge chilien, folkloriste et professeur à l’université technique de l’état, militant communiste et auteur de chansons célèbres qui font le tour du monde. Son meurtre aux mains de la soldatesque en septembre 1973 a été un acte odieux de revanche politique, et une tentative d’anéantir la culture populaire et l’esprit de révolte qu’il a porté. Víctor avait 40 ans et son œuvre et son image sont aujourd’hui l’emblème des combats pour les droits civiques et des peuples en résistance.
La justice a fermé le 5 mars dernier l'instruction du dossier sur l'assassinat du célèbre chanteur chilien Víctor Jara, et une douzaine de militaires à la retraite ont été inculpés pour leur participation au crime, commis le 16 septembre 1973 au stade « Chili », à Santiago. Parmi eux deux anciens officiers de l’armée sont accusés d’être les auteurs matériels, et l'un d'eux habite en Floride, aux États-Unis.

José Adolfo Paredes Márquez,
ex recrue, a avoué le meurtre.
Cette résolution judiciaire ferme l'investigation sur les meurtres du chanteur Víctor Jara et de l'ex directeur de Gendarmerie Littré Quiroga Carvajal, commis peu de jours après le coup d’État du 11 septembre 1973.
Les 12 anciens militaires inculpés à l’issue de l'enquête sont : José Adolfo Paredes Márquez, Pedro Pablo Barrientos Núñez, Hugo Hernán Sánchez Marmonti, Raúl Aníbal Jofré González, Edwin Armando Roger Dimter Bianchi, Nelson Edgardo Haase Mazzei, Jorge Eduardo Smith Gumucio, Ernesto Luis Bethke Wulf, Juan Jara Quintana, Rolando Humberto Melo Silva, Hernán Chacón Soto et Patricio Vásquez Donoso.
 
Le colonel Hugo Sánchez Marmonti et le lieutenant Pedro Barrientos Núñez, tous deux à la retraite, sont soumis à procès en qualité d’auteurs matériels du crime de Víctor Jara. Pedro Barrientos Núñez, à l’époque lieutenant de l’armée, a été mis en cause en 2012 par l'ex-conscrit José Paredes comme celui qui a tiré dans la tête du chanteur.

Pedro Barrientos réside actuellement aux États-Unis et il a pris la nationalité américaine, et le juge chilien avait sollicité en 2013 son extradition, sans résultat jusqu'à maintenant.
Résident depuis 1989 à Deltona, au nord de Floride, l’ancien lieutenant chilien est accusé aux États-Unis de « torture et de meurtre » de Víctor Jara, commises pendant l’« arrestation massive de milliers d'intellectuels et de leaders politiques ».


Il doit faire face à la plainte judiciaire présentée contre lui devant une cour du district d'Orlando par la veuve du chanteur assassiné, la danseuse Joan Turner et Amanda Jara, sa fille, parties civiles avec le « Center for Justice and Accountability (CJA) », —ONG internationale de défense des droits de l'homme basée à San Francisco—, et la Fondation Víctor Jara. Un bureau d'avocats local représente la famille du musicien et les autres parties civiles.

L'enquête a déterminé qu'après le coup d'État, le chanteur Víctor Jara a été arrêté le 12 septembre 1973 sur son lieu de travail, l'université Technique de l'État, et emmené jusqu'au stade « Chili ».



Rolando Melo Silva, ancien officier et
procureur militaire, avocat du Conseil
de défense de l'État, accusé de recel
dans l’homicide de Víctor Jara.
Ce site avait été converti en centre de détention, sous contrôle de troupes provenant de différentes unités militaires : les régiments « Tejas Verdes » de San Antonio, « Blindés N°2 » de Santiago, le régiment « Esmeralda » d'Antofagasta et le régiment « Maipo », de Valparaiso.

Après son arrestation, Víctor Jara a été reconnu par les militaires postés à l'intérieur du stade « Chili », a été séparé du reste des prisonniers et conduit dans les vestiaires, utilisés comme salles d'interrogatoires et de tortures. Il y a été sauvagement tabassé et torturé par les militaires.

Le 16 septembre 1973 tous les détenus du stade on été transférés, sauf Víctor Jara et Littré Quiroga Carvajal. C’est alors que le chanteur a été tué, vraisemblablement d’une ou plusieurs balles dans la tête. Son cadavre —trouvé près du cimetière Métropolitain des jours après, avec 3 autres cadavres—, présentait au moins 44 impacts de balle, et des signes évidents d'avoir subi des tortures et des coups affreux.

L’ancien stade « Chili », qu’avec d’autres locaux avait été réquisitionné et fonctionné dès les premières heures du coup d’État comme camp de concentration et de tortures pour les prisonniers politiques, a été rebaptisé aujourd’hui stade Víctor Jara.

lundi 23 février 2015

Affaire d'espionnage : le Pérou rappelle son ambassadeur à Santiago

Mme Ana Jara Velásquez, Première Ministre du gouvernement du président Ollanta Humala, au Pérou. Son gouvernement vient d’appeler en consultation l’Ambassadeur péruvien à Santiago, suite à l’affaire d’espionnage chilien.

Vendredi 20 février dernier, le Pérou a rappelé pour consultation son ambassadeur à Santiago et envoyé un message de protestation aux autorités du Chili, a annoncé le Premier ministre péruvien, Ana Jara Vásquez. Lima accuse son voisin d'actes d'espionnage.

Un communiqué de presse du ministère des Affaires étrangères avait déjà fait état auparavant du rappel pour consultation de l'ambassadeur et avait affirmé que dans une note diplomatique le gouvernement avait exprimé « sa plus vive protestation et son rejet des actes d'espionnage visant la sécurité nationale ».

Accusé d'espionnage par le Pérou, le Chili « va répondre avec sérénité » au message de protestation envoyé par Lima, a assuré dimanche le ministre chilien des Affaires étrangères Heraldo Muñoz, et a indiqué que l'ambassadeur du Chili à Lima, Roberto Ibarra, qui se trouve en vacances à Santiago, y resterait dans l’immédiat « pour aider à la préparation de la lettre de réponse à la lettre péruvienne », sans préciser si le diplomate reprendra ensuite son poste à Lima.

L’ambassadeur du Pérou au Chili, M. Fernando Rojas Samanez, diplomate de carrière, ancien vice-ministre des affaires étrangères et chef du service diplomatique. Parmi d'autres postes, il a été représentant permanent du Pérou à Genève auprès des organisations internationales et ambassadeur en Bolivie et au Costa Rica.

Le rappel pour consultation est une procédure d'urgence diplomatique permettant à un État de manifester son mécontentement à l'égard d'un pays tiers. Dans sa note, la chancellerie péruvienne réclame « une enquête rapide et approfondie pour poursuivre les responsables de ces actes ». Elle demande également que le Chili « garantisse que de tels actes d'espionnage ne se reproduiront pas ».
Le Pérou a reconnu jeudi qu'il enquêtait sur trois membres de sa marine soupçonnés d'espionnage entre 2005 et 2012 pour le compte du Chili, évoquant des faits « honteux ». Le président péruvien Ollanta Humala a parlé d'une situation « grave pour les relations bilatérales ».

Le ministère des Affaires étrangères chilien a nié les faits et répondu jeudi qu'il « n'encourageait ni n'acceptait aucun acte d'espionnage dans d'autres pays ou sur son propre territoire ».

Le Pérou avait perdu un pan de son territoire —la région d'Arica, annexé par le Chili après la Guerre du Pacifique (1879-83). Les relations diplomatiques entre les deux pays connaissent depuis des hauts et des bas. En janvier 2014, la Cour internationale de Justice (CIJ) avait mis fin à une querelle territoriale séculaire entre Lima et Santiago avec l'attribution au Pérou d'une zone maritime sous souveraineté chilienne riche en ressources halieutiques.